Quand on hésite sur sa carrière, on se demande souvent si en parler à un professionnel sert vraiment à quelque chose. Une méta-analyse publiée en 2025 apporte des chiffres. Cet article les présente simplement, avec leurs limites.
En bref
- Une méta-analyse de 2025 réunit 31 études et 4 327 personnes accompagnées individuellement sur leur carrière.
- L'effet moyen sur les difficultés de carrière atteint 0,82, un niveau considéré comme grand. L'effet sur la santé mentale atteint 0,68.
- Cinq éléments de séance ressortent, dont l'explication du processus de décision et le travail sur les pensées qui bloquent.
- Ces chiffres décrivent une catégorie d'accompagnement. Ils ne garantissent pas le résultat d'une personne.
Qu'appelle-t-on l'adaptabilité de carrière ?
Une carrière ne se résume pas à un diplôme ou à un poste. La théorie de Mark Savickas, appelée construction de carrière, part de l'idée que chacun construit sa carrière au fil de ses choix et des changements qu'il traverse. Une notion y occupe une place centrale : l'adaptabilité de carrière. Elle désigne la capacité à affronter les transitions professionnelles, prévues ou non. Elle repose sur quatre ressources1 :
- la préoccupation : se soucier de son avenir professionnel ;
- le contrôle : se sentir responsable de sa construction ;
- la curiosité : explorer les possibilités ;
- la confiance : croire en sa capacité de réussir ce que l'on entreprend.
Ces ressources ne restent pas théoriques. Rudolph, Lavigne et Zacher (2017) ont regroupé 90 études. L'adaptabilité de carrière y apparaît liée à la planification de carrière, à l'exploration des métiers, à la confiance dans ses décisions, à l'identité professionnelle, à l'employabilité et à la satisfaction de vie2. Une question pratique demeure : un accompagnement individuel améliore-t-il la situation des personnes qui hésitent sur leur carrière ?
Que montre la recherche sur l'accompagnement individuel ?
Milot-Lapointe et Arifoulline (2025) ont posé cette question avec une méta-analyse. Cette méthode regroupe les résultats de nombreuses études pour en tirer un effet moyen. Leur analyse porte sur 31 travaux (26 articles, 3 thèses, 1 rapport de recherche et 1 étude en cours), soit 35 groupes de participants et 4 327 personnes. Ces travaux viennent de huit pays, surtout du Canada et des États-Unis. L'âge moyen est de 26,5 ans. Quatorze groupes sur 35 sont des élèves ou des étudiants, trois des personnes en recherche d'emploi et dix-sept des publics mixtes, composés surtout d'adultes en emploi. Toutes ces personnes ont suivi des séances individuelles de conseil en carrière.
Les chercheurs expriment le résultat avec une « taille d'effet ». Plus ce nombre s'éloigne de zéro, plus le changement est marqué. Les repères usuels fixent 0,2 pour un effet petit, 0,5 pour un effet moyen et 0,8 pour un effet grand3.
Après un accompagnement individuel de carrière, l'effet moyen sur les difficultés de carrière atteint 0,82, après 3,8 séances en moyenne.4
Les difficultés à décider diminuent le plus (1,24). La détresse psychologique recule aussi (0,90), de même que la satisfaction de vie progresse (0,79). Sur l'ensemble des indicateurs de santé mentale, l'effet moyen atteint 0,68, après 4,3 séances en moyenne5. Les deux dimensions évoluent ensemble : des séances centrées sur la carrière s'accompagnent aussi d'une amélioration du moral.
Quels éléments d'une séance semblent compter ?
Les séances ne se ressemblent pas toutes. Les chercheurs ont donc comparé leur contenu. Cinq éléments sont associés à un meilleur résultat sur les difficultés de carrière. Les exemples ci-dessous illustrent chacun d'eux, sans venir des études.
Comprendre comment se prend une décision. Choisir une orientation se fait rarement d'un seul coup. Il existe des étapes, des pièges et des influences, dont celle de l'entourage. Les connaître permet de savoir où l'on en est, et si la décision nous appartient vraiment.
Repérer les pensées qui bloquent. Une croyance comme « à mon âge, c'est trop tard » ressemble à un fait, alors qu'elle fonctionne comme un frein. La psychologie sociale étudie depuis des décennies comment nos croyances orientent nos choix, comme le montre la dissonance cognitive.
Regarder les obstacles en face. Manque d'argent, d'information ou de soutien, peur du jugement des autres : nommer ce qui freine permet de préparer une réponse concrète à chacun.
Écrire et analyser des métiers. Poser ses priorités sur le papier et examiner un métier précis aide à préciser ce que l'on veut, au lieu de rester dans le flou.
Recevoir un retour personnalisé. Un regard extérieur formé reformule le parcours et donne un avis sur le choix envisagé, plutôt qu'un conseil générique.
Pour la santé mentale, trois de ces éléments ressortent : l'explication du processus de décision, le travail sur les pensées qui bloquent et l'attention portée aux obstacles6.
Les études qui combinent les cinq éléments affichent un effet moyen de 1,76. Celles qui n'en contiennent aucun affichent 0,49. Ces deux groupes sont petits (5 et 14 études), donc cet écart reste indicatif7.
Comment lire ces chiffres avec justesse ?
Ces résultats ont les limites habituelles de ce type de recherche. Elles ne remettent pas en cause ce qui précède.
Ce qui tient. L'effet de 0,82 est statistiquement solide : son intervalle de confiance, de 0,63 à 1,02, reste loin de zéro4. Une autre méta-analyse, celle de Whiston et ses collègues (2017), porte sur 57 études d'aide au choix de carrière, surtout en groupe ou en classe. Elle trouve aussi un effet positif, plus modeste (0,35)8. Les deux travaux convergent sur le sens de l'effet. Ils divergent sur son ampleur.
Quelques nuances. La plupart des études comparent seulement l'avant et l'après, sans groupe de comparaison9. Les participants sont jeunes (26,5 ans en moyenne). Tous les indicateurs ne progressent pas non plus10.
Que change cette compréhension dans une transition professionnelle ?
Elle change surtout une idée reçue : clarifier sa carrière ne relève ni de la chance ni de l'intuition. C'est un travail qui s'apprend, avec des étapes identifiables. Comprendre comment on décide, repérer les pensées qui bloquent et nommer les obstacles figurent parmi les éléments que la recherche associe aux meilleurs résultats, en quelques séances seulement.
Le déroulé des séances ACAP intègre ces cinq éléments, à sa façon. Dès la séance Rencontre, je présente au client le chemin d'une décision en cinq séances. J'aborde aussi la décision sous l'angle des représentations sociales : est-ce moi qui décide, ou mon entourage ? Les écrits ancrent les prises de conscience, et l'enchaînement d'actions concrètes permet de décider, selon les principes de la psychologie de l'engagement. Entre la deuxième et la troisième séance, la personne mène une enquête métier : elle interroge deux ou trois professionnels du métier qui l'attire et confronte l'image qu'elle s'en fait à leur quotidien réel. La troisième séance dresse ensuite l'inventaire de ses ressources (réseau, compétences, temps, soutien, finances) et distingue les contraintes réelles de celles qu'elle s'impose. Cette description concerne ma pratique. La recherche citée ne l'a pas mesurée, et ses résultats ne s'y transposent pas automatiquement.
La psychologie sociale apporte ici un angle que l'on oublie souvent : une décision de carrière se prend aussi au milieu d'un entourage, avec des croyances et des engagements, pas seulement dans sa tête.
Cela vaut pour la clarification de carrière, quand on ne sait plus ce que l'on veut. Cela vaut aussi pour la transition professionnelle, quand on sait qu'il faut bouger mais pas vers quoi.
La séance Rencontre dure 30 minutes et coûte 50 €. Elle sert à poser votre situation et à voir ensemble si un accompagnement vous convient. Elle ne promet aucun résultat.
Cet article a été rédigé par Antoine Roger, psychologue à Montpellier (RPPS 10111825245), fondateur d'ACAP Transition. ACAP Transition propose un accompagnement en visioconférence, partout en France, pour les personnes en questionnement professionnel.
Cet article a été publié le .
Notes
- Les quatre ressources (préoccupation, contrôle, curiosité, confiance) sont celles que mesure le questionnaire de Savickas et Porfeli (2012), construit et testé dans 13 pays. Retour au texte
- Ces études observent des liens entre l'adaptabilité et d'autres variables. Elles ne prouvent pas que l'adaptabilité provoque ces résultats. Retour au texte
- Il s'agit du g de Hedges, calculé avec un modèle à effets aléatoires. Les seuils 0,2, 0,5 et 0,8 sont les repères de Cohen. Retour au texte
- Intervalle de confiance à 95 % : de 0,63 à 1,02 (34 comparaisons, 4 179 personnes). L'accompagnement dure en moyenne 3,8 séances. Retour au texte
- Intervalle de confiance à 95 % : de 0,43 à 0,93 (24 comparaisons, 3 470 personnes). Pour les difficultés à décider (10 comparaisons), l'effet atteint 1,24. Pour la détresse psychologique (15 comparaisons), il atteint 0,90. Retour au texte
- Chaque chiffre indique de combien l'effet moyen augmente quand l'élément est présent. Les études qui incluent l'explication du processus de décision affichent un effet supérieur de 0,57 point en moyenne à celles qui ne l'incluent pas. Les autres chiffres se lisent de la même façon : travail sur les pensées qui bloquent (0,67), attention aux obstacles (0,48), exercices écrits et analyses de métiers (0,52), retour individualisé (0,42). Cette comparaison porte sur des études, pas sur des personnes. Elle reste valable après une correction statistique (Bonferroni) qui limite le risque de conclure à tort. Retour au texte
- Comparaison descriptive, non testée statistiquement, sur un petit nombre d'études. Retour au texte
- Whiston et al. (2017) : l'effet le plus fort concerne le sentiment de pouvoir décider de sa carrière (0,452). L'étude porte sur 57 études publiées et non publiées. Selon Milot-Lapointe et Arifoulline, elle repose surtout sur des formats de groupe et de classe. Retour au texte
- Sans groupe de comparaison, l'ampleur exacte de l'effet reste incertaine, puisque le temps qui passe et les événements de la vie jouent aussi. Rien ne démontre que le résultat se transpose tel quel à une personne de 45 ans, et deux tiers des participants sont des femmes. Les résultats varient fortement d'une étude à l'autre : l'hétérogénéité (I²) atteint 95 % pour les résultats de carrière et 96 % pour la santé mentale, ce qui signifie que le chiffre de 0,82 est une moyenne et non une promesse. Peu d'études vérifient enfin ce qui se passe plusieurs mois après la fin des séances. Retour au texte
- Les intervalles de confiance de l'exploration de carrière (0,18) et de la préparation à la transition (0,35) incluent zéro. C'est aussi le cas du sens donné à la vie (0,44) et de l'estime de soi (0,27). Retour au texte
Pour approfondir le sujet
- Milot-Lapointe, F., & Arifoulline, N. (2025). A meta-analysis of the effectiveness of individual career counseling on career and mental health outcomes. Journal of Employment Counseling, 62(1), 49-57. https://doi.org/10.1002/joec.12239 (s'ouvre dans un nouvel onglet) Retour au texte
- Rudolph, C. W., Lavigne, K. N., & Zacher, H. (2017). Career adaptability: A meta-analysis of relationships with measures of adaptivity, adapting responses, and adaptation results. Journal of Vocational Behavior, 98, 17-34. https://doi.org/10.1016/j.jvb.2016.09.002 (s'ouvre dans un nouvel onglet) Retour au texte
- Savickas, M. L., & Porfeli, E. J. (2012). Career Adapt-Abilities Scale: Construction, reliability, and measurement equivalence across 13 countries. Journal of Vocational Behavior, 80(3), 661-673. https://doi.org/10.1016/j.jvb.2012.01.011 (s'ouvre dans un nouvel onglet) Retour au texte
- Whiston, S. C., Li, Y., Goodrich Mitts, N., & Wright, L. (2017). Effectiveness of career choice interventions: A meta-analytic replication and extension. Journal of Vocational Behavior, 100, 175-184. https://doi.org/10.1016/j.jvb.2017.03.010 (s'ouvre dans un nouvel onglet) Retour au texte